AFRIQUEMEDIUM.COM-Le 22 avril, l’Organisation des Nations Unies a accueilli la dernière audition informelle de la course à la succession d’António Guterres. Pendant plus de trois heures, Macky Sall, ancien président du Sénégal, a présenté une candidature conçue pour transcender les loyautés régionales. Son argument principal était habilement retourné : ce qui pourrait apparaître comme un handicap – son absence des rouages internes de l’ONU – pourrait, dans un contexte de dérive institutionnelle, se révéler un atout.
M. Sall a abordé d’emblée un sujet qui préoccupe les capitales des bailleurs de fonds : l’efficacité et la gouvernance. Promettant de « faire mieux avec moins », il a esquissé les contours d’une organisation plus agile, davantage axée sur les résultats que sur les procédures. Ce type de discours, courant dans les administrations nationales, est moins fréquent à Turtle Bay, mais n’est pas mal accueilli par ceux qui financent en grande partie le projet.
Il a joint à cette annonce un signal politique précoce. S’il était nommé, il s’est engagé à nommer une femme originaire des pays du Nord au poste de secrétaire générale adjointe. Ce geste, soigneusement calculé, reconnaissait le déséquilibre persistant aux postes clés de l’ONU tout en rassurant les gouvernements occidentaux quant à la prise en compte de leur voix au sein des plus hautes instances de l’organisation. Dans un contexte où la perception compte souvent autant que la politique, cette initiative relevait autant de la construction d’une coalition que d’un principe.
Pourtant, le discours de M. Sall ne se limitait pas aux sensibilités du Nord. Il est revenu à plusieurs reprises sur des préoccupations qui animent une grande partie du Sud global, notamment les limites des opérations de maintien de la paix traditionnelles. La stabilité, affirmait-il, ne peut être garantie par les seuls Casques bleus. En liant la sécurité aux pressions exercées sur la dette souveraine et au financement des transitions climatiques, il a défendu une vision plus intégrée de l’ordre international, où la fragilité économique est aussi déstabilisatrice qu’un conflit armé. Cet argument gagne du terrain, même si les moyens d’y répondre restent controversés.
Son attrait repose autant sur sa personnalité que sur son programme. Contrairement à plusieurs de ses rivaux, M. Sall n’est pas un pur produit du système onusien. Il a mis en avant cette distinction, se présentant comme un homme de terrain plutôt que comme un simple fonctionnaire. Douze années à la tête de l’ONU, ainsi qu’un passage à son actif à la tête de l’Union africaine, lui confèrent l’expérience d’un acteur politique aguerri, habitué à concilier des intérêts divergents. Son qualificatif de prédilection – « bâtisseur de ponts » – est un cliché diplomatique, certes, mais non dénué de pertinence dans un contexte international fracturé.
Le ton de son intervention était délibérément mesuré. Plutôt que de proposer des réformes institutionnelles radicales, il a insisté sur la méthode : dialogue, consultation, progrès graduels. Dans une organisation souvent paralysée par les priorités concurrentes de ses membres les plus influents, une telle modestie relève moins d’un manque d’ambition que de la reconnaissance de contraintes. Après tout, le secrétaire général gouverne davantage par la persuasion que par le décret.
Le véritable test se situe désormais hors de la salle d’audience. Le Conseil de sécurité des Nations unies procédera, le moment venu, à une sélection. Là, les préférences des cinq membres permanents primeront sur toute audition publique. Pour M. Sall, la tâche est simple en théorie, mais plus ardue en pratique : convaincre chacun qu’il est, sinon idéal, du moins acceptable. Dans ce genre de compétition, cela suffit souvent.
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