AFRIQUEMEDIUM.COM-Le Groupe de la Banque africaine de développement a obtenu un soutien politique majeur à la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD) lors du Sommet Africa Forward à Nairobi. Les dirigeants africains, les partenaires internationaux et les institutions de développement se sont aussi engagés pour un mécanisme de garantie panafricain transformateur conçu pour débloquer les investissements, réduire le coût du capital et accélérer la création d’emplois sur le continent.
Organisé à Nairobi sous la direction conjointe des présidents kenyan, William Ruto, et français, Emmanuel Macron, le sommet a réuni des chefs d’État et de gouvernement, des responsables d’institutions multilatérales, des investisseurs mondiaux et des dirigeants du secteur privé autour d’un programme commun : replacer l’Afrique au centre de la croissance mondiale grâce à un nouveau modèle de partenariat fondé sur le co-investissement, l’égalité souveraine et des solutions financières pilotées par l’Afrique.
Dans ses interventions, le président du Groupe de la Banque africaine de développement, Dr Sidi Ould Tah, a présenté la NAFAD comme une réponse africaine audacieuse à l’une des contraintes structurelles les plus pressantes du continent : l’incapacité à transformer des liquidités abondantes en capitaux investissables à grande échelle. Il a souligné que le défi de l’Afrique ne résidait pas dans un manque de capitaux, mais plutôt dans l’absence de mécanismes capables de transformer le risque et d’attirer les investissements à long terme.
« L’Afrique n’est pas pauvre en capitaux. L’Afrique est pauvre en capacité de transformation du risque », a déclaré le président Ould Tah.
Il a noté qu’en dépit d’un déficit annuel de financement du développement supérieur à 400 milliards de dollars, l’Afrique disposait de près de 4 000 milliards de dollars d’épargne intérieure. Pourtant, le continent n’attire que 1 % des capitaux institutionnels mondiaux et seulement 4 % des investissements directs étrangers mondiaux.
Le président Ould Tah a souligné que chaque année, entre 12 et 15 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché de l’emploi, alors que seulement 3 millions d’emplois formels environ sont créés. Il a identifié un déficit annuel critique en matière de garanties et d’assurances, estimé entre 40 et 50 milliards de dollars, comme l’une des principales raisons pour lesquelles les investissements transformateurs peinent à aboutir au bouclage financier sur le continent.
Le sommet a marqué une avancée décisive pour la mise en œuvre de la NAFAD, qui a été approuvée par les chefs d’État africains lors du Sommet de l’Union africaine plus tôt cette année et consolidée par le Consensus d’Abidjan adopté le mois dernier. Dans le cadre de la NAFAD, le Groupe de la Banque africaine de développement tirera parti de son bilan de notation « AAA », de son pouvoir de mobilisation et de ses partenariats pour renforcer les institutions financières africaines capables de mobiliser des investissements à grande échelle.
Au cœur de cette première phase se trouve l’ATIDI (sigle en anglais pour African Trade & Investment Development Insurance), l’assureur panafricain d’investissements et de crédits basé à Nairobi, désigné comme l’institution phare chargée d’ancrer l’architecture continentale de garantie de l’Afrique.
L’initiative a reçu un soutien politique fort tout au long du sommet.
Le président Ruto a appelé à la recapitalisation de l’ATIDI, qu’il a qualifiée de « pilier essentiel de la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement », soulignant que l’Afrique doit accroître sa capacité à se financer de plus en plus par elle-même grâce à des institutions financières continentales plus solides et à des mécanismes innovants de partage des risques.
Le président Macron a annoncé l’intention de la France de soutenir le développement de l’ATIDI et a approuvé l’élaboration d’une stratégie continentale de garantie de première perte centrée sur l’institution basée à Nairobi. Il a décrit cette initiative comme s’inscrivant dans « un nouveau paradigme financier » capable de faire progresser la prospérité et l’autonomie stratégique de l’Afrique.
Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a salué le leadership africain dans la promotion des réformes de l’architecture financière mondiale et a souligné le rôle du Groupe de la Banque africaine de développement dans la « mobilisation des ressources africaines au service des priorités et de la prospérité de l’Afrique ».
Les discussions à Nairobi ont reflété un consensus plus large selon lequel le futur modèle de développement de l’Afrique doit dépasser les paradigmes traditionnels de l’aide pour évoluer vers un système capable de mobiliser l’épargne africaine, d’attirer les capitaux institutionnels, d’approfondir les marchés de capitaux locaux et d’accroître les investissements privés dans les infrastructures, l’énergie, l’industrialisation et la création d’emplois.
Le président Ould Tah a souligné que la NAFAD n’est pas une nouvelle institution, mais plutôt un cadre de coordination conçu pour aligner les acteurs financiers africains et internationaux autour de quatre principes : subsidiarité, complémentarité, coordination et transformation disciplinée des risques.
Faisant référence au développement de l’ATIDI comme premier résultat concret de la NAFAD, le président du Groupe de la Banque a souligné que l’Afrique disposait désormais à la fois de la plateforme institutionnelle et de la dynamique politique nécessaires pour accélérer sa mise en œuvre.
« Le moment politique est venu. L’institution existe. L’approche a été approuvée. La stratégie de financement est définie », a-t-il déclaré. « Il ne reste plus qu’à prendre la décision collective d’accroître la puissance financière de l’Afrique pour soutenir sa transformation », a-t-il souligné.
Le Sommet a également salué le rôle de premier plan joué par le Groupe de la Banque africaine de développement dans l’identification des lacunes structurelles de l’architecture financière africaine et dans la promotion de solutions coordonnées capables de mobiliser l’épargne intérieure, d’approfondir les marchés de capitaux locaux et d’attirer les investissements institutionnels à long terme.
Les conclusions du Sommet Africa Forward devraient alimenter directement les discussions mondiales à venir sur la réforme financière internationale, notamment le Sommet des dirigeants du G7 à Évian, en France, ainsi que les efforts plus larges visant à remodeler le financement du développement autour de l’investissement, du partage des risques, de la coordination institutionnelle et de la souveraineté économique.

